Discours de M. L’Ambassadeur

Remise de pièce archéologique au Soudan. Khartoum, Musée national.
Le mardi, 11 avril 2017

La France éprouve depuis toujours une passion pour l’archéologie soudanaise.
Frédéric Cailliaud est le premier français à s’intéresser au patrimoine soudanais. Il se joignit à l’expédition militaire menée, à partir de 1820, par Ismaël Pacha, dans l’objectif de découvrir la cité antique de Méroé. Remontant le Nil, il repéra et étudia différents sites nubiens d’importance, tels que la nécropole de Sedeinga, le temple de Soleb, Kerma, et le Djebel Barkal. Précédant l’armée en direction de Shendi, il aperçut les pyramides de Begrawiya le 25 avril 1821, puis découvrit la ville de Méroé. Ainsi, son ouvrage Voyage à Méroé, au Fleuve Blanc, publié en 1826, représente la première étude archéologique du site de Méroé, richement illustrée de ses dessins.

Bien plus tard, peu après la proclamation de l’indépendance, les autorités soudanaises confient à un français, Jean Vercoutter, la Direction de la gestion des antiquités. C’est lui qui assurera la transition menant à la création d’un service soudanais dédié au patrimoine. Il fouille dès 1953 la ville fortifiée du Moyen Empire à Kor, en Basse Nubie, et lance en 1954 les premiers travaux sur l’île de Saï, entre les 2e et 3e cataractes. Jean Vercoutter est également très impliqué dans le sauvetage des antiquités menacées par le barrage d’Assouan. Il supervise plusieurs missions de prospection des zones en danger, et fait appel à la communauté internationale pour intégrer le Soudan à la grande campagne UNESCO.

Dans le même temps, La Section Française de la Direction des Antiquités Soudanaises (SFDAS) est fondée en 1967. Régie par « l’Accord de coopération culturelle et technique entre le gouvernement de la République démocratique du Soudan et le gouvernement de la République française », signé à Khartoum en 1969, elle assure la coopération avec la Direction des Antiquités soudanaises, tant dans le domaine des fouilles que de leur publication.

La SFDAS est aujourd’hui l’un des 27 Instituts français de recherche financés par le ministère français des Affaires Etrangères. Elle est intégrée au Service des antiquités du Soudan (National Corporation for Antiquities and Museums, NCAM) au sein du Musée National du Soudan. Elle est le seul service conjoint à dimension internationale de l’Administration soudanaise, et c’est une grande fierté pour la France. Cette position privilégiée lui permet d’apporter un soutien aux missions françaises travaillant au Soudan et de développer des partenariats scientifiques et muséologiques. La SFDAS étant l’unique institut archéologique étranger permanent au Soudan, elle occupe une position de fer de lance de la recherche scientifique française dans le pays. Au partenariat naturel avec la NCAM, s’ajoutent des coopérations variées avec les établissements scientifiques français et les universités tant soudanaises qu’européennes.

Parmi toutes les fouilles françaises au Soudan, qui sont nombreuses (El-Hobagi, El-Kadada, Kadrouka, Doukki Gel, el-Hassa, Île de Saï, Soleb, el-Mouweis), le site de Sedeinga, d’où provient la toile de sarcophage, est situé entre la deuxième et la troisième cataracte, sur la rive gauche du Nil. Entre le temple et le désert s’étend, sur près de 40 ha, une immense nécropole napatéenne et méroïtique, la plus vaste actuellement connue et préservée en Nubie.

Grâce aux activités menées sur l’ensemble des sites mentionnés, et aux recherches conduites par l’archéologie française pendant près de 60 ans en étroite coopération avec l’archéologie soudanaise, le patrimoine soudanais a pu obtenir la reconnaissance internationale qu’il mérite.

Avec les deux expositions tenues tout d’abord en 1997 à l’Institut du Monde Arabe, « Soudan, royaumes sur le Nil » puis en 2010 au Musée du Louvre, « Méroé, un empire sur le Nil », le grand public français est aujourd’hui au fait de la réalité de la recherche scientifique au Soudan, et fait montre d’un appétit grandissant pour ce pays et son histoire.

Cependant, des territoires scientifiques entiers sont méconnus et demeurent à conquérir. La région du Kordofan, si importante pour comprendre les relations entretenues avec l’Afrique centrale, ou encore la zone située au sud de la ville Khartoum, en sont de bon exemples. Néanmoins, qu’il s’agisse de fouilles programmées ou de prospections, les résultats obtenus en un peu plus d’un demi-siècle sont déjà considérables.

Cet engagement français en faveur du patrimoine soudanais sera une nouvelle fois confirmé par une exposition internationale exceptionnelle qui se tiendra à Paris, en septembre 2020, au Musée du Louvre. Cet évènement, consacré au royaume de Napata, verra la majeure partie des collections soudanaises réparties au Soudan et à l’étranger rassemblées en un seul lieu, le Hall Napoléon, au Musée du Louvre, en plein cœur de Paris. L’exposition préparée par le Musée du Louvre, avec l’appui de la NCAM et des autorités soudanaises sera ensuite présentée au British Museum à Londres, puis au Museum of fine arts à Boston, aux États-Unis. Il s’agira de la plus grande exposition jamais organisée sur le patrimoine soudanais, et ce dans les plus prestigieux musées du monde.

En attendant, nous sommes réunis aujourd’hui dans le cadre d’une restitution au Soudan d’une pièce exceptionnelle. Il s’agit d’une toile de lin peinte collée sur un sarcophage, reconstituée partiellement à partir d’une centaine de fragments. Cet objet unique pour le Soudan, datant des premiers siècles avant notre ère, a été mis au jour lors des fouilles menées par une équipe française sur le site de Sedeinga, en Nubie soudanaise.
Importée en France en 2001 à des fins de restauration, celle-ci ayant enfin été achevée, l’Ambassade de France a décidé d’organiser le retour de ces matériels et leur restitution officielle à l’État soudanais.

Par ailleurs, en partenariat avec la société française Arkhênum, intervenue à titre gracieux, la SFDAS a procédé à la numérisation en haute définition de la toile de sarcophage peinte restaurée en France par les ateliers Materia Viva de Toulouse. C’est le premier partenariat de ce type mis en place entre la France et le Soudan, afin de conserver une copie digitale haute définition de cette pièce archéologique exceptionnelle.

Claude Rilly, ancien directeur de la SFDAS et directeur du site de fouilles, qui a piloté cette opération de restauration, a fait spécialement le trajet depuis la France pour participer à cette cérémonie. Il va préciser les détails de cette opération.

Je conclus en procédant officiellement à la remise de ce patrimoine à son détenteur, le Soudan. Sa restauration et sa restitution sont un nouveau témoignage de la vitalité exceptionnelle de notre coopération archéologique.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 23/04/2017

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